Carnets de VoyageNouvelle Calédonie

La Coutume Mélanésienne

DSC_9808Quand on se rend en Nouvelle-Calédonie, on entend forcément parlé de la Coutume. 

En effet, la coutume tient une place importante dans la culture et la vie kanak. C’est encore une grande inconnue pour nous, elle est très difficile a comprendre tellement il y a de variantes.

Mais alors, la coutume c’est quoi ? 

En venant en Nouvelle-Calédonie nous souhaitions avant tout, découvrir les us et coutumes locaux, mais nous ne nous attendions pas à découvrir une culture si différente de la notre, et aussi bien conservée qu’est la culture kanak. Nous allons essayer de vous en donner un aperçu.


C’est quoi “ La Coutume ” ?


Véritable richesse culturelle, la coutume est le pilier del’identité kanak“, valeurs culturelles communes aux nombreuses tribus. C’est avant tout un mode vie, un code des relations sociales.

Pour nous évidemment, c’est un véritable kamoulox rubixcub, que nous n’arrivons pas à finir, c’est incompréhensible !

Julio notre conteur

Nous avons donc profité de notre 1er séjour en tribu lors de notre semaine à Lifou, pour poser toutes les questions qui nous venaient à ce sujet, quoi de mieux qu’un mariage coutumier pour s’intégrer à la population et les laisser se passionner à partager leur propre culture.

Pour cela, nous avons eu la chance de rencontrer Jules, un diacre et conteur, qui nous a transmis sa passion pour l’histoire de la coutume kanak.

Très influencée par la morale chrétienne, elle est omniprésente sur les îles loyauté qui sont très pratiquantes. A contrario, elle l’est beaucoup moins sur Nouméa. La grande ville a du mal à trouver sa place entre culture et modernisation. Plus on s’éloigne sur la Grande Terre, plus la coutume reprend sa place au sein des communautés.

La coutume est à la fois simple et complexe, elle reste malgré tout assez difficile à expliquer même pour les mélanésiens qui ont été élevés à travers elle, car elle fait parti de leur vie. Elle est avant tout un mode de vie, elle représente l’usage social, les traditions et la bienséance, aspect que nous retrouvons également dans notre culture européenne, mais que nous aurions bien du mal à expliquer tant ça nous parait logique.


Quand et comment faire la coutume ?


C’est bien beau tout ça, mais ça se passe comment ?

Tout simplement, quand on est invité chez quelqu’un cela ne nous viendrait pas à l’esprit de venir les mains vide, ici c’est pareil. Avant d’entrer chez quelqu’un, il faut faire la coutume, c’est ce que l’on appelle faire un geste coutumier. Il sera plus ou moins développé en fonction des situations : les cérémonies sont multiples, elles ritualisent les trois grands moments de la vie kanak, la naissance et le mariage où elles célèbrent les alliances entre les clans, puis dans la mort, lorsque la vie est « rendue » au clan maternel, ou simplement un merci ou au-revoir.

Elle sera toujours accompagné d’échange de parole en langue locale, ou en français s’il vous est adressé. En fonction des situations, ces discours sont teintés d’une forte affectivité, voire de violence masquée, selon les circonstances de l’échange.

L’acte et le discours coutumiers naissent de la Parole. 

Parler, c’est s’abaisser dans le respect et l’humilité afin de surélever son auditoire.

Avant d’entrer dans la maison d’un inconnu ou quand on est invité en tribu, tout étranger présente ainsi un geste coutumier. Le plus souvent ce geste est composé de tissu (bout de manou ou de tissu coutumier que l’on trouve partout ici sur le territoire), d’argent (un billet de 500 ou 1000F font très bien l’affaire, ce n’est pas la valeur de la monnaie qui compte), de moins en moins du tabac, ou des vivres (riz, café…).

Plus que l’objet donné en soit, c’est le geste et les paroles échangés qui ont une importance.

Ce geste signifie que la personne accueillie respecte son hôte, ce dernier le remerciera par un discours et parfois des dons en retour.

Ces gestes sont en règle générale effectués par les hommes, ils sont le reflet de l’organisation sociale kanak fondée sur l’échange et le respect de l’aîné.

Ne vous étonnez pas si quand vous parlez personne ne vous regarde et garde la tête baissée, c’est un signe de respect, cela veut dire qu’ils vous écoutent et vous considère, faites-en de même. C’est assez bizarre au début car cela va contre notre éducation où il est important de regarder dans les yeux quand on parle à quelqu’un, mais on s’y fait. C’est ça aussi respecter les us et coutumes locaux.


La coutume lors d’un mariage


Lors de notre séjour à Lifou, nous avons pu assister à plusieurs sorte de coutume, mais nous allons essayer de vous expliquer comment se déroule la coutume lors d’un mariage.

La coutume du Mariage, pour créer un lien et ouvrir le chemin entre deux clans :

Le mariage est l’occasion de tisser des liens et de créer des chemins coutumiers entre les clans, il ne concerne pas seulement deux êtres, mais l’union de deux clans.

C’est toujours la femme qui rejoint  la tribu de l’homme en créant un lien qui renforce et élargit les relations de son clan natal avec le clan de son époux. Les hommes restent dans leur famille, ils  rentrent dans le monde des adultes et des responsabilités et reçoivent la femme dans l’objectif de pérenniser leur nom par la descendance, et d’assurer ainsi une prospérité au clan et à la tribu.

La femme doit quitter son clan et se préparer au rôle de mère. Il est important de noter que si une femme à déjà des enfants d’une précédente union, ils resteront rattachés au clan du père, elle les quitte pour créer une nouvelle famille.

A chacun sa couleur de tenue traditionnelle

Il existe plusieurs manières de se marier dans le monde kanak : il y a le mariage coutumier traditionnel, le mariage classique comme on le connait chez nous (très rare mais qui tend à se répandre de plus en plus surtout sur la grande terre et pour les mariages mixtes), et le mariage dit “corbeille” de plus en plus fréquent, qui est une version accéléré du mariage traditionnel, il se déroule sur une journée en conservant l’essentiel de la coutume kanak.

Le mariage coutumier :

C’est d’abord une obligation coutumière pour le garçon afin de légitimer ses intérêts à avoir “la femme”, mais aussi et surtout légitimer la présence de cette nouvelle femme dans son clan, et lui donner la place et le respect qu’elle doit mériter.

Il se prépare des années et des mois à l’avance. Il se déroule sur une ou deux semaines avec des étapes clés et une coutume omniprésente, les mariages coutumiers coutent très chers…

  • Préalablement la famille du marié décidait autrefois de l’identité de la future épouse, l’importance de ce choix était fonction de son appartenance à tel ou tel clan. De nos jours, les jeunes gens sont de plus en plus sollicités, mais ce n’est pas obligatoire.
  • La demande de la main de la fille : les clans alliés de l’homme font la demande en mariage au clan de la femme s’ils ne sont pas encore en concubinage. S’ils vivent déjà ensemble alors il font une coutume de pardon de la part de la famille de l’homme envers la famille ou le clan de la femme. Les parents de la femme donnent leurs accords après avoir consultés la femme sur ses sentiments par rapport au mariage. Choix très important car le divorce n’existe pas dans la culture mélanésienne.
  • DSC_9824sVient ensuite la préparation des champs d’igname. Comme nous l’avions mentionné dans notre article sur l’Ile des Pins, l’Igname est le symbole du mariage et de la prospérité de la tribu, il met 9 mois à sortir de terre et est récolté vers le moi de Avril/Mai, il faut donc préparer les champs au moins un an à l’avance. C’est pourquoi les mariages coutumiers se font uniquement durant la période hivernale, qui correspond à la période de récolte des ignames.
  • La construction ou la décoration des cases qui abriteront les invités et les dons de la famille du garçon. Le plus souvent les mariages se font dans les salles communes de la tribu.

Panorama Coutume

  • La préparation de la valise des mariés, qui sera répartie en trois part entre les mariés, la famille de l’homme et la famille de la femme.
  • L'arrivée des tontons et de la famille

    L’arrivée des tontons et de la famille

    La coutume des tontons maternels, et de la famille. Une semaine avant le mariage, les familles et les clans apportent la coutume : argent, étoffes, ignames, riz, sucre.

  • L’arrivée de la fille : trois à quatre jours avant le mariage, la fille arrive sur le lieu de la cérémonie pour assister aux différentes coutumes présentées par la famille du garçon.
  • Le mariage coutumier commence véritablement à l’arrivée de l’oncle maternel du garçon et se termine quand tous les clans sont entrés avec leur coutume.
  • Le mariage civil et religieux fait suite au mariage coutumier.
L'arrivée des mariés par le chemin coutumier

L’arrivée des mariés par le chemin coutumier

  • La grande coutume clôture ce mariage en suivant les chemins coutumiers et laissant ainsi place à la fête. La réception et le repas sont préparés par la famille du marié du coté de la femme, on s’assoit et on profite de la fête !
  • La fête et les danses : Après le repas ont lieu les danses traditionnelles, celle du matou et celle du pilou

Le chant des grand-mères pour accueillir les nouveaux mariés.

Voilà un article un peu long mais bien cours à la fois, pour parler de quelque chose d’aussi complexe qu’est la coutume Mélanésienne.


Vous y voyez un peu plus clair sur la coutume ? N’hésitez pas à y aller de vos commentaires, si vous avez des questions ou des réflexions. Merci à tous de nous suivre ! 😉


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