Le brevet du premier véhicule motorisé à trois roues destiné au transport urbain est déposé au Japon en 1931. Cette création ne répond alors à aucune tradition locale, mais s’inspire d’un modèle européen.
L’exportation massive de ce véhicule vers l’Asie du Sud-Est ne commence qu’après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion d’une industrie nippone en pleine reconstruction. L’adoption rapide de cette invention par plusieurs pays asiatiques bouleverse les habitudes de mobilité et modifie le paysage urbain de manière durable.
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Le tuk-tuk, un symbole vivant des rues asiatiques
Dans les rues animées de Bangkok ou de Phnom Penh, le tuk-tuk s’est imposé comme l’un des piliers du transport urbain. Sa forme compacte, bien différente des gros véhicules qui saturent les boulevards, trouve naturellement sa place dans les embouteillages et les réseaux de ruelles. Que ce soit sous l’appellation samlor, auto-rickshaw, Jumbo ou Skylab, ce trois-roues est devenu une figure familière et incontournable de la culture populaire en Asie du Sud-Est.
Quelques exemples montrent à quel point il façonne le quotidien local :
- En Thaïlande, il accompagne la vie de tous les jours, des marchés flottants de Pattaya aux quartiers historiques de Bangkok.
- À Delhi, Mumbai ou Jaipur, il s’impose dans la cacophonie urbaine et représente une ressource vitale pour l’économie informelle.
- Au Vietnam et au Laos, il fait le lien entre les villages et les centres-villes, comblant le vide laissé par les transports publics classiques.
Le phénomène dépasse de loin les frontières asiatiques. Au Kenya, le tuk-tuk s’intègre au réseau local, tandis qu’à Paris, il s’invite lors d’occasions spéciales ou pour des trajets originaux. Cette polyvalence permet au tuk-tuk de servir aussi bien au transport de marchandises qu’à celui des voyageurs curieux, séduits par un mode de déplacement différent. Les conducteurs indépendants y trouvent une source de revenus, et pour les touristes, il s’agit d’une expérience à part entière, aux antipodes des circuits standardisés.
Dans le décor urbain des grandes villes asiatiques, le tuk-tuk incarne un équilibre entre traditions locales, adaptabilité et réponses concrètes aux défis de la mobilité moderne.
Qui a vraiment inventé le tuk-tuk ? Enquête sur ses origines
L’histoire du tuk-tuk est un croisement de savoir-faire et de transmissions techniques, où le Japon, l’Europe et l’Asie du Sud-Est jouent chacun leur partition. Le rickshaw, ancêtre direct du tuk-tuk, apparaît à la fin du XIXe siècle au Japon grâce à Izumi Yosuke et s’exporte rapidement dans la région, évoluant pour devenir le pousse-pousse. Jonathan Scobie, missionnaire américain à Yokohama, aurait lui aussi imaginé une version du véhicule, mais la paternité exacte reste disputée.
La transformation majeure arrive après la Seconde Guerre mondiale. En 1948, l’Italie donne naissance au Piaggio Ape, un trois-roues conçu par Corradino D’Asanio, déjà connu pour la Vespa. Ce véhicule utilitaire, à la fois pratique et solide, inspire la motorisation du rickshaw en Asie. Au Japon, Mazda commercialise le Mazda-GO, un autre triporteur qui marquera les esprits et les marchés voisins.
On retrouve ensuite le tuk-tuk sous différentes formes selon les pays :
- En Inde, l’auto-rickshaw devient omniprésent, stimulé par les besoins croissants des villes et la recherche de solutions rapides de déplacement.
- En Thaïlande, le tuk-tuk s’impose à partir des années 1960, d’abord dans la capitale puis dans tout le pays.
Le tuk-tuk tel qu’on le connaît aujourd’hui est le fruit de multiples influences : aucune invention isolée, mais un processus continu d’adaptations et d’appropriations régionales. Ce mélange de techniques et de pratiques a progressivement façonné un mode de transport taillé pour les réalités asiatiques.
Des débuts modestes à l’essor international : l’évolution du tuk-tuk à travers les décennies
Au départ, le tuk-tuk s’aventure sur les routes accidentées d’Asie du Sud dans les années 1950. Les premiers auto-rickshaws motorisés, produits par Bajaj Auto, s’adaptent vite au contexte local : robustes, économiques, et capables de s’imposer dans les centres urbains saturés comme Delhi ou Mumbai. Le tuk-tuk devient alors une solution incontournable pour une population urbaine toujours plus nombreuse.
En Thaïlande, il prend une dimension nationale. À Bangkok, il circule dans les ruelles étroites, transportant résidents et visiteurs. Les déclinaisons se multiplient : du classique trois-roues à essence au “Jumbo” laotien, jusqu’au “Skylab” du nord-est thaïlandais. Au Vietnam, au Sri Lanka ou au Laos, chaque pays s’approprie le concept, variant les modèles en fonction des besoins quotidiens et des réalités économiques.
Depuis le début des années 2010, le tuk-tuk se réinvente avec l’électrification. La société MuvMi, menée par Krisada Kritayakirana, développe des e-rickshaws qui répondent aux attentes des grandes villes : moins polluants, mieux adaptés aux politiques de transition écologique et d’innovation urbaine. L’Agence nationale thaïlandaise de l’innovation et l’universitaire Surat Bualert accompagnent ce virage, qui modifie la physionomie du secteur.
Le tuk-tuk dépasse désormais le cadre asiatique. À Nairobi ou Paris, il séduit par sa capacité à réinventer le moyen de transport urbain et à concilier tradition, innovation technique et préoccupations environnementales.
Pourquoi le tuk-tuk occupe une place unique dans la culture et la vie quotidienne en Asie
Le tuk-tuk s’est enraciné dans le tissu social et urbain des grandes capitales asiatiques. À Bangkok, Hanoï, Phnom Penh ou Mumbai, sa silhouette à trois roues fait partie du décor, se glissant entre les files de voitures et les scooters pour offrir une mobilité adaptée à la complexité des circulations locales. Son adaptabilité lui permet de répondre à tous les besoins : courses rapides, transports familiaux, déplacements professionnels ou trajets touristiques à la recherche d’une expérience authentique.
Mais le tuk-tuk, c’est aussi une économie à part entière. Des milliers de conducteurs indépendants en vivent chaque jour, propriétaires de leur engin, négociant directement leurs tarifs, jonglant avec la législation et les aléas du trafic. Les réglementations locales, particulièrement en Thaïlande, régulent le secteur avec des quotas et des normes de sécurité, sans pour autant décourager la vitalité d’un métier qui fait vivre des familles entières.
Le tuk-tuk dépasse sa fonction de transport. Il sert également à livrer des marchandises, emmener des enfants à l’école ou proposer des circuits touristiques. Son apparence bariolée, souvent personnalisée selon le goût de son propriétaire, accueille volontiers quatre à cinq passagers. Pour les visiteurs, il devient une sorte de patrimoine roulant, une manière concrète de s’immerger dans la vie locale et de goûter à la culture asiatique sous un angle inédit.
Le tuk-tuk ne se contente pas de traverser les villes : il redessine la façon de les vivre, un trajet à la fois.


