Nyiragongo volcan et Nyamuragira : quelles différences pour les risques ?

Le Nyiragongo volcan et le Nyamuragira se dressent à quelques dizaines de kilomètres l’un de l’autre, dans les montagnes des Virunga, à l’est de la République démocratique du Congo. Leur proximité géographique masque des profils de risque très différents. Comprendre ces écarts, c’est mesurer pourquoi la ville de Goma vit sous une menace qui ne concerne pas de la même façon les deux édifices.

Nyiragongo et Nyamuragira : tableau comparatif des caractéristiques volcaniques

Critère Nyiragongo Nyamuragira
Type de volcan Stratovolcan avec lac de lave permanent Volcan bouclier à éruptions effusives fréquentes
Altitude 3 470 m Environ 3 058 m
Type de lave Néphélinite, extrêmement fluide Basalte plus classique
Fréquence éruptive Éruptions rares mais catastrophiques Parmi les volcans les plus actifs d’Afrique, éruptions fréquentes
Menace principale Coulées de lave rapides vers Goma, dégazage toxique Coulées de lave lentes, pluies acides, dégazage SO₂
Proximité urbaine Surplombe directement Goma Plus éloigné des zones densément peuplées
Niveau d’alerte OVG Jaune (vigilance), paramètres perturbés depuis 2021 Actif, non affecté par le séisme de février 2023

Ce tableau met en évidence un déséquilibre fondamental. Le Nyamuragira entre en éruption plus souvent, mais le Nyiragongo concentre le risque mortel pour les populations civiles.

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Géologue examinant un échantillon de lave basaltique solidifiée sur les flancs du volcan Nyamuragira en République démocratique du Congo

Fluidité de la lave du Nyiragongo : un facteur de risque sans équivalent en Afrique

La composition chimique du magma du Nyiragongo le distingue de la quasi-totalité des volcans continentaux. Sa lave de type néphélinite possède une viscosité extrêmement basse, ce qui lui confère une vitesse d’écoulement anormalement élevée sur les pentes du stratovolcan.

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Cette fluidité change la nature même du danger. Lors d’une vidange du lac de lave, les coulées dévalent les flancs en direction de Goma en un temps très court. Les habitants disposent d’un délai d’évacuation réduit par rapport à une éruption classique où la lave progresse de quelques centaines de mètres par jour.

Nyamuragira : des coulées plus prévisibles

Le Nyamuragira produit des basaltes plus visqueux. Ses éruptions, bien que fréquentes, génèrent des coulées dont la progression laisse le temps d’organiser un déplacement des populations. Le risque direct de mortalité par contact avec la lave y reste faible.

En revanche, le Nyamuragira pose un problème environnemental de grande ampleur. Ses émissions massives de dioxyde de soufre provoquent des pluies acides qui dégradent les cultures, les forêts et la qualité de l’eau sur un rayon étendu. Ce sont des impacts chroniques, moins spectaculaires qu’une coulée de lave mais qui fragilisent durablement les moyens de subsistance des communautés rurales.

Dégazage volcanique et impacts sanitaires : deux profils distincts

Les deux volcans émettent en continu des gaz volcaniques, principalement du dioxyde de soufre (SO₂) et du dioxyde de carbone (CO₂). Leurs effets sur la santé diffèrent par leur nature et leur échelle.

  • Le Nyiragongo libère du CO₂ en quantité dans les zones basses autour du cratère. Ce gaz, plus lourd que l’air, s’accumule dans les dépressions et peut provoquer des asphyxies localisées, un danger direct pour les riverains et les randonneurs.
  • Le Nyamuragira, avec ses éruptions effusives prolongées, émet des volumes considérables de SO₂ qui se dispersent dans l’atmosphère. Ces panaches acides affectent la végétation et les voies respiratoires des habitants sur une zone bien plus large que le périmètre immédiat du volcan.
  • La combinaison des deux dégazages crée un effet cumulatif dans la région du lac Kivu et autour de Goma, rendant la qualité de l’air particulièrement dégradée lors des phases d’activité simultanée.

L’Observatoire volcanologique de Goma (OVG) surveille ces deux édifices en continu. Depuis l’éruption de 2021, le Nyiragongo reste sous niveau d’alerte jaune avec des paramètres géophysiques perturbés, signe que le système magmatique n’est pas revenu à un état stable. Le Nyamuragira, malgré son activité persistante, n’a pas vu son comportement modifié par le séisme de magnitude 3,3 enregistré en février 2023.

Communauté villageoise congolaise observant le volcan Nyiragongo en arrière-plan depuis les abords de Goma, illustrant la cohabitation avec le risque volcanique

Risque sécuritaire autour du Nyiragongo : une menace qui s’ajoute au volcan

L’analyse des risques autour du Nyiragongo ne peut pas se limiter à la volcanologie. La zone du parc national des Virunga est marquée par la présence de groupes armés, des enlèvements fréquents et une instabilité chronique.

Le ministère français des Affaires étrangères classe cette zone en risque élevé pour les voyageurs. Le parc des Virunga est officiellement fermé au tourisme : les randonnées vers le cratère du Nyiragongo et les activités gorilles sont suspendues pour une durée indéterminée.

Nyamuragira : un isolement qui limite l’exposition humaine

Le Nyamuragira se situe dans un périmètre moins densément peuplé et moins fréquenté. Son isolement relatif réduit l’exposition directe des populations et des visiteurs, même si les retombées acides touchent des communautés agricoles sur un large périmètre. La question sécuritaire y est moins documentée, précisément parce que les flux de personnes y sont bien moindres.

Surveillance OVG et capacité d’alerte : l’enjeu de la préparation

L’OVG assure le suivi instrumental des deux volcans avec des moyens limités par rapport aux observatoires européens ou japonais. La différence de priorité entre les deux édifices reflète la hiérarchie des risques.

  • Le Nyiragongo fait l’objet d’une surveillance renforcée depuis 2021, avec un suivi sismique et géochimique visant à détecter tout signe de remontée magmatique vers le lac de lave.
  • Le Nyamuragira bénéficie d’un monitoring régulier, mais les alertes y concernent davantage les émissions gazeuses et les coulées lentes que des scénarios d’évacuation d’urgence.
  • L’imagerie satellite, notamment celle fournie par l’Agence spatiale européenne (ESA), complète les mesures au sol en permettant de suivre les déformations de terrain et les flux thermiques sur les deux volcans simultanément.

Le contraste entre les deux volcans tient moins à leur activité qu’à leurs conséquences. Le Nyamuragira érupte plus souvent, mais ses coulées lentes et sa distance relative des centres urbains en font un risque chronique, environnemental et sanitaire.

Le Nyiragongo, avec son lac de lave instable et sa lave ultra-fluide, reste la menace aiguë de la région. La fermeture du parc des Virunga et le maintien du niveau d’alerte jaune par l’OVG traduisent cette réalité opérationnelle.